CHRONIQUES DU DÉLIRE ORDINAIRE

LA SALSA DU DÉMON

La journée avait pourtant bien commencé : je n’avais pas remis mon réveil hertzien à plus tard plus de six fois, j’étais tombée dans le sommeil la veille après un bon polar et ne m’étais pas réveillée plus de quatre fois dans la nuit. Il me restait des fruits encore mangeables et du fromage blanc sans moisissure en quantité suffisante pour un bol de céréales. Et un coup d’œil à la fenêtre m’avait annoncé le miracle de ce mois de janvier : du soleil à Paris avec en sus l’espoir d’un thermomètre positif.

Ca partait plutôt pas mal.

En tout cas jusqu’à ce que je consulte mon profil Facebook où un ami névrosé des années 70 avait posté une chanson que nous avons tous sifflotée au moins une fois dans un mariage : la Salsa du Démon. Je ne sais pas pourquoi j’ai cliqué sur « play ». Peut-être que la DLC du fromage blanc était plus reculée que ce que je croyais. Peut-être qu’un lutin défoncé au PCP avait uriné sur mes fruits (expliquant l’absence de moisissure). Peut-être que Satan lui-même m’avait susurré des ordres subliminaux cette nuit. Ou peut-être avais-je tout simplement succombé à un accès de nostalgie primaire dont il faudra que je parle à mon psy

Toujours est-il que j’ai écouté. Tous mes réveillons au ski avec papa en costume en velours et maman en jupe-culotte me sont revenus dans les dents : chaussée de lunettes anti-strabisme et de Kickers taille 31, je remuais mes couettes avec un vieux d’au moins huit ans et j’avais l’impression que c’était la java du siècle. Mais si ça se trouve, il était 21h30.

Alors que j’avais déjà enchaîné sur « Tata Yoyo » dans ma tête, le morceau s’est arrêté. J’étais bien en 2011, je n’avais plus de couettes mais un brushing et mes Kickers avaient laissé place à des escarpins que j’aurais aimé être estampillés Louboutin.

Mais j’avais ramené la Salsa avec moi et je pressentais qu’elle allait élire résidence dans ma tête comme une colonie d’amibes dans un intestin occidental, comme le Fisc chez un contribuable dénoncé, comme un commercial IBM sur le dos d’un grossiste en fin de trimestre. L’expression exacte étant : se taper l’incruste.

Mes talons aiguilles et moi sommes montés dans ma voiture avec Vampirella (et gare à ceux qui ne l’aiment pas) et je me suis précipitée sur l’autoradio afin d’y trouver de quoi faire diversion, direction Inter plutôt que Rires et Chansons : la probabilité de tomber dessus étant proche de celle de voir débarquer Mickey Rourke (jeune) à mon prochain dîner, soulever 200 kg en développé couché ou rigoler à une blague de Jean Roucas.

Je n’avais pas roulé dix mètres lorsqu’Elle est revenue danser la gigue. J’ai instinctivement monté le son, sauf que la pollution sonore ne venait pas de moi mais du poste lui-même : La salsa du démon sur Inter ? J’aurais dû parier sur le développé couché : la grève d’une certaine catégorie de personnel de Radio France empêchait la diffusion des programmes habituels, remplacés par quelque compilation douteuse.

Arrivée chez mon client, l’affaire semblait s’être calmée. Oh j’avais bien des « Ouiiii, je suis Belzébuth » qui faisaient irruption en plein milieu de ma présentation, mais, grâce à une matière grise obligée de donner le change à ses interlocuteurs, j’ai réussi quelques diversions.

Hélas, une fois la matinée écoulée, alors que je me retrouvais libre de tout dialogue professionnel, mes talons aiguilles et moi avons retrouvé Belzébuth, Vampirella et la Sorcière dans la voiture. Aussi concentrée que Bruel en finale du WW Poker Tour à Vegas, j’y ai réglé la fréquence sur Radio Notre Dame : si la Salsa du Démon arrivait jusqu’aux platines de cette dernière, je voulais bien me faire appeler Bouboulina jusqu’à la fin de mes jours.

Las, la voix doucereuse du présentateur comme le contenu de l’émission m’ont rapidement détournée de la fréquence, laissant la sorcière et ses idées sordides s’infiltrer à nouveau en moi.

« Ca commence à me chauffer, cette histoire ».

Soit. Mais pas une idée ne me venait quant à la façon de déloger ce satané refrain et je ne voyais pas comment j’allais m’en sortir, si possible avant de demander à voir la dernière collection de camisoles de l’hôpital Sainte-Anne, me manger un œil, m’allonger sous une moissonneuse batteuse (en marche) ou réinstaller Windows sur mon PC.

Je regardais la mode d’hiver dans les vitrines, pensais à ma dose de frappucino du Starbucks, balançais un coup de pied dans un King Charles qui attendait son maître devant une boucherie et optais finalement pour un film à tendance comédie musicale. Ca tombait plus bien : Un Monstre à Paris était projeté à quelques pas de là.

Quatre-vingt dix minutes du souffle de Vanessa Paradis plus tard, je sortais du cinéma, l’esprit plus tranquille qu’en y entrant et collais une tarte à un petit qui sortait des toilettes. Mais ça ne résolvait pas pour autant mon problème de cohabitation qu’aucun président de la Vème République n’aurait souhaité à son pire opposant.

Je suis rentrée chez moi. « Venez-là mes petits amis… » On y était. Et quelle que soit la playlist au Bal des Vampires, j’étais bien décidée à ne plus me laisser envahir longtemps.

Quel était mon planning demain ? Ah oui, une plaquette à finir pour Altutransen, l’expert du consulting en architectures informatiques externalisées en mode SaaS, des textes à fignoler pour www.monhotelcestleplusbeau.com qui ne serait sûrement pas content de la virgule au troisième paragraphe et opterait, au final, pour la première version, celle d’il y a six mois. Ou peut-être pas. Mouais. Autant parier sur l’amour libre en Iran.

Après moult recherches sur Internet et des courses nécessitées par icelles, j’ai empaqueté mes affaires et soigneusement préparé ma tenue du lendemain, histoire d’éviter un inéluctable « Je n’ai rien à me mettre » devant des armoires dégueulant toutes les collections Zadig et Comptoir de ces quatre dernières années : la journée s’annonçait longue et je n’avais pas de temps à perdre avec ces conneries.

Huit heures de sommeil plus tard, comme prévu, Elle était toujours là.

Je suis partie de chez moi, décidée à régler son compte à tout l’Orchestre du Splendid. J’ai sonné chez mon voisin, à qui je n’ai pas laissé le temps de dire ni ouf ni quoi que ce soit en lui plantant mon couteau à sushis dans le ventre. Un modèle japonais en céramique particulièrement aiguisé acheté en soldes sur Ventes Privées que j’ai soigneusement essuyé pendant que je me dirigeais vers le hall, pestant contre mes clefs de voiture momentanément égarées, encore.

Grâce à un Paris qui dormait toujours, je me rapprochais rapidement de mon but. J’ai même pu faire un crochet sur une vieille dame qui traînait chien et caddie sur les clous.

J’ai garé mon auto près du Champ de Mars sur une place autorisée aussi improbable qu’un taxi un soir de réveillon et, arrivée à la Tour Eiffel, j’ai emprunté l’ascenseur du pilier Sud.

Sortie de la cabine, dont je laissais les premiers occupants allongés dans leur sang, j’ai filé vers les niveaux supérieurs pour accéder sans trop d’encombre à l’antenne. J’ai sorti mon matériel avec un brouhaha émanant d’en bas dont j’avais du mal à faire abstraction. Et entre la Salsa devenue maintenant insupportable et tout ce remue-ménage, brancher les fils devenait compliqué.

Mais j’y suis arrivée et au moment d’appuyer sur le bouton, j’ai souri en pensant que dans un instant, ni la Salsa du Démon ni aucune autre chanson n’allait pourrir le réveil de parisiens pendant au moins quelques minutes.

Horreur, malheur.

Je sais pas, j’ai pris n’importe quoi…

Je sais pas, j’ai pris n’importe quoi…

Ca fait maintenant quelques années que je n’achète plus de voiture : je les prends en leasing. Ce qui présente le double avantage de ne plus envisager de réparations (sauf quand je décide de vérifier que le pare-chocs du Range devant moi est vraiment aussi costaud qu’on le dit – et il l’est, je vous le confirme) et de changer de véhicule tous les trois ans.

Voyage en terre inconnue

Voyage en terre inconnue

Il y a quelques années, à cause d’une lentille de contact, je me retrouve avec un double abcès dans l’œil. Œil gauche ou œil droit, je ne sais plus, mais c’était le constat fait par les urgences de nuit de La Timone après une demi-nuit passée à envisager l’auto-énucléage à la cuillère à soupe, tellement j’avais l’impression de me frotter des parpaings dans l’œil (j’avais dépassé le stade de la sensation de sable depuis longtemps).

2022 : Paye tes voeux !

2022 : Paye tes voeux !

Bonne année 2022Paye tes voeuxLes vœux, ça se souhaite entre le 1er et le 31 janvier. Ni après, ni avant : si après l’heure, c’est plus l’heure, avant l’heure, ça ne l’est pas non plus. Les vœux, ça se souhaite entre le 1er et le 31 janvier, mais rien n’empêche de les...

Non, je collerai pas les affiches…

Non, je collerai pas les affiches…

Jusqu’à la dernière présidentielle, je n’avais jamais fait de politique et clairement, à voir tous ces galimatias entre partis ou organisations ou influenceurs, tout ça me paraissait aussi nébuleux que la fin d’un David Lynch (au hasard Mulholland Drive). Sans compter qu’à part voter centre droit, j’avais du mal à aller techniquement au-delà de la navette parlementaire (qui n’a malheureusement rien à voir avec celle de Saint-Victor).

Saint-Charles, deux minutes d’arrêt.

Le premier été du Covid, en 2020, non seulement j’attrapai le Covid et ça m’avait obligée à rester chez moi 15 jours quand tout le monde redécouvrait le bonheur des bars, des restos et des plages après quatre mois de disette sociale, mais une fois sortie de mon isolement et ma désolation, je tournais vraiment en rond d’un point de vue sportif.

Souviens-toi l’été dernier

Souviens-toi l’été dernier

Quand j’ai déménagé à Marseille, je m’étais dit : ma petite chérie, tu vas d’abord regarder comment ça se passe avant d’acheter. Et acheter à Marseille quand on vient de vendre dans une banlieue chicos du 92, même avec un prêt à rembourser, ça fait de vous quelque chose à mi-chemin entre le l’héritier Mittal, la veuve Gates quand Bill sera mort et le Roi du Pétrole. Surtout à une époque où l’immobilier n’est pas à son apogée. Surtout à un moment où les banques sont à deux doigts de te payer tellement les taux d’intérêt sont bas.

(vidéo) Reachout Communication x Medinsoft : engagement au menu !

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Medinsoft, l’association des acteurs du numériques en Provence, a lancé depuis quelques mois son nouveau format : les Meet’n’Soft, mettant en scène les adhérants façon James Corben.
Une occasion pour ReachOut de rappeler la création de la commission #Time4Action, dédiée au développement durable depuis début 2020 et la présence d’Olivia Christophe au Conseil d’Administration de Medinsoft.

Le rond-point de la bitte

Le rond-point de la bitte

Ca ne faisait pas très longtemps que j’étais là et mes amis Nico et Romain avaient justement invité une ribambelle d’entre nous dans leur maison presque finie de Ceyreste, sur les hauteurs de La Ciotat, quelque part au beau milieu des pins et de l’après-midi.

C’est ainsi que nous décidons avec mon amie Carine d’aller déjeuner sur le port de La Ciotat avant de rejoindre les garçons pour y retrouver notre autre ami Guillaume, qui, lui devait nous rejoindre à moto d’Aubagne. Alors, ces détails logistiques peuvent vous sembler aussi utiles qu’un Marc Lévy dans la bibliothèque d’Etienne Klein (en livre ou en live), mais, croyez-moi, ils ont leur importance.

Le bisou à Mamie

Le bisou à Mamie

Je suis rentrée à Marseille et j’avais oublié son fonctionnement, ou plutôt, son dysfonctionnement, sans compter qu’en 22 ans, les quartiers, les habitudes et les contextes avaient changé : pendant 20 ans, je n’y suis venue que deux fois par an pour y voir ma famille et vue l’ambiance, c’était bien suffisant.

C’est Marseille, Bébé…

C’est Marseille, Bébé…

C'est Marseille, BébéAvant j'habitais à Paris, enfin, dans le 92, et j'écrivais des chroniques. Maintenant, je suis rentrée "à la maison" et je me remets à écrire des chroniques, disons, locales...  J'espère que ceux qui vivent ici reconnaîtront un peu de leur...

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