C’est Marseille, Bébé !
A jamais les premiers
Pas la peine de revenir habiter à Marseille pour avoir conscience de l’importance qu’a le foot ici. Et quand je dis le foot, non, je corrige : l’OM. Parce que les matchs de l’équipe de France, c’est bon pour les soirs où les serveurs Netflix sont en rade.
Pas la peine de revenir ici pour savoir, donc, que l’OM, c’est ce qui rallie tous les milieux sociaux ici, que le stade Vélodrome, ou plus simplement, « le stade » (que personne n’a jamais appelé Orange au risque de se faire lyncher par trois générations de supporters), est cette espèce de cocotte-minute qui libère toute la pression de la ville et qui fait qu’elle n’explose pas, la ville. Parce que pendant qu’on crie au scandale contre la Direction du Club, pendant que les Quartiers Nord et les Quartiers Sud font tourner les joints dans les virages un week-end sur deux, on s’occupe moins du reste. A défaut d’avoir du pain, au moins on a des jeux. Parce que, quels que soient les résultats, les supporters marseillais sont toujours là (encore qu’en ce moment, faudrait voir à pas trop pousser Mémé des Goudes dans les orties).
Parce qu’il faut les voir, les propres sur eux qu’on croirait qu’ils habitent Aix, experts-comptables, commissaires aux comptes ou avocats, changer de visage, défigurés par la haine, la bouche de travers et la bave aux lèvres en train de hurler aux joueurs « ah chèvre, ah, va brouter, ah ! », comme si leur vie en dépendait. Parce qu’il faut les imaginer, les gars, sortir le jogging du dimanche (le noir et or). Parce qu’il faut se l’éviter, le quartier du stade quand ça joue à domicile, surtout les jours de clasico. Parce qu’il faut se les fader, les gars du snack du Rond-Point, frits confits au fly dès 17h00 alors que le match commence à 21h…
Mais s’il y a quelque chose d’aussi fort que l’amour de l’OM ici, c’est la haine du PSG. Ou plutôt, du QSG, comme on dit depuis que le Qatar en a fait son jouet préféré. Une haine assez récente d’ailleurs, puisque, dans les années 80 et 90, du temps de Bernard Tapie et des victoires en série, l’ennemi n°1, c’était Bordeaux. Un peu parce qu’avant sa reprise par Denisot, le PSG, on s’en foutait comme un stage de 3eme. Beaucoup parce qu’en plus d’afficher de bons résultats, Bordeaux était doté d’un président répondant au doux nom de Claude Bez : pour les 7 clubs de supporters des virages, il n’en fallait pas plus pour dégainer un jeu de mots, facile, resté dans les annales : « Bordeaux, l’OM te Bez ».
Et cette haine du PSG était d’autant plus forte et rigolote, que, jusqu’en mai 2025, malgré les milliards investis par les Qataris et la multiplication de joueurs renommés sur le terrain, l’équipe rentrait toujours à la maison en cours de Ligue des Champions, aussi brocouille que des chasseurs Inconnus dans les années 80. Comme quoi, un aïoli qui prend, c’est pas simplement des ingrédients balancés dans un mixeur.
Alors que nous, marseillais, nous avons été les premiers à la ramener de Munich, un 26 mai 1993 face à Milan, cette coupe. Un premier titre dont l’image de Boli, brandissant le trophée, recouvre encore en quatre par trois le bar en bas de chez moi. Une première victoire pour un club français dont certains gardent encore le maillot dans l’armoire, le fameux Adidas avec les trois bandes bleues sur l’épaule droite. Une première coupe d’Europe qui donnera ce slogan mythique : « A jamais les premiers », on ne peut plus génial puisqu’il restera toujours valable, quels que soient les résultats des clubs français en coupe d’Europe.
Et elle va loin, cette haine du PSG. Parce que j’en ai vus, et pas qu’un peu, prendre leur billet pour le Camp Nou pour assister à la remontada historique du Barça lors d’un match retour où ledit PSG s’est donc fait démontada 6-1 : terminares la Ligue des Champions, malgré un mémorable 4-0 à l’aller au Parc. Neymar avait repris ses roulades, ses soirées aux Bains et ses millions et il était rentré chez sa soeur.
Parce que je les entends, les supporters de l’OM, chanter systématiquement les louages de leur adversaire, chaque fois que PSG joue un match de coupe d’Europe, qu’il s’agisse du Bayern, d’Arsenal, du Réal ou de l’Inter. D’ailleurs petit conseil si vous ne connaissez pas l’adversaire en question le jour J (parce que bon, le foot ça va bien 5mn) : regardez les maillots qui défilent dans la ville…
Mais ce à quoi je ne m’attendais pas, c’est la réponse qu’on m’a faite l’an dernier et qui m’a à la fois fait rigoler et réfléchir. Le jour de la demi-finale retour de 2025, PSG affrontait Arsenal et moi je déjeunais avec un contact professionnel, la soixantaine élégante, journaliste assez connu localement. Au moment de partir, je lui posai la question fatidique : « Alors, ce soir, PSG ou Arsenal ? »
Et là, surgit la réponse que je n’attendais pas : « Alors c’est plus vicieux que ça. Je suis pour le PSG comme ça, ils se feront démonter en finale. »
Eh bien, vous me croirez ou pas mais je pensais avoir fait le tour des blagues et tactiques diverses sur le sujet mais celle-là, un cynisme pareil, je ne l’avais pas vu venir, surtout de la part de quelqu’un pourvu d’un cerveau en bonne forme. Ça m’a séchée comme une clim en plein air dans un stade qatari en coupe du monde. Ça m’a éteinte comme un Lac du Connemara en fin de soirée.
Cette tactique footballistique la plus tordue de l’histoire a cependant montré une certaine faiblesse puisque, non content d’avoir sorti Arsenal et après des années de disette européenne, le PSG a fini par la gagner, la Ligue des Champions, faisant du retour sur investissement qatari le pire ROI de l’histoire économique mondiale.
A jamais les deuxièmes.
Charger la mule
Un jour je suis devenue écolo, mais écolo modérée, hein : si j’étais convaincue qu’il fallait agir, je ne forçais personne à échanger son baril d’Ariel contre deux pains de savon de Marseille. Donc j’ai agi et ai changé pas mal de mes habitudes, à commencer par rouler en hybride, parce que tu comprends, opter pour un véhicule électrique à Marseille, au vu du peu de bornes de recharge à disposition en ville ou dans les parkings publics, c’est plus risqué que se balader en string ailleurs que dans le Marais vers 2h du matin. Surtout si t’es un homme.
